Grandes conférences

Jeudi 3 octobre 2019 – Conférence inaugurale  17h30
De Maus à Spirou : les métamorphoses de la Shoah dans la bande dessinée contemporaine

En partenariat avec les amis de la Médiathèque de Troyes Champagne Métropole

Maus d’Art Spiegelman (Flammarion) a été un tournant dans la représentation de la Shoah dans la bande dessinée, alors que celle-ci y avait été quasiment absente dans les 40 années précédentes. Ce roman graphique a déclenché un véritable phénomène mémoriel qui est allé bien au-delà du monde juif, comme en témoigne des œuvres comme Le Cahier à fleurs (2 vol.) de Galandon & Nicaise (Grand Angle) sur le génocide des Arméniens, Deogratias de Stassen (Dupuis) sur le génocide des Tutsi au Rwanda, Manouches de Kkrist Mirror (Steinkis), Triangle Rose de Michel Dufranne et Milorad Vicanovic-Maza (Delcourt)… Récemment, Spirou, L’Espoir malgré tout d’Emile Bravo (Dupuis) ou encore Les Enfants de la Résistance par Ers et Dugomier (Le Lombard), élaborent de grandes sagas où la Shoah est représentée de façon précise et documentée. Elle est désormais, avec Deuxième Génération de Michel Kichka (Dargaud) l’objet d’une mémoire apaisée qui nous pousse cependant à rester vigilants au réveil de la « bête immonde ».

DIDIER PASAMONIK

Éditeur, journaliste, commissaire d’expositions d’origine belge, spécialiste reconnu de la bande dessinée écrivant pour de nombreux journaux. Il est Directeur Général d’ActuaBD.com, le premier site d’information sur la BD en France. Il a publié entre autres La République et l’Église, les images d’une querelle, avec Jacqueline Lalouette et Michel Dixmier, (La Martinière, 2005), Critique de la bande dessinée pure (Berg, 2008), Regards croisés de la bande dessinée belge (Snoeck, 2009), Mickey à Gurs – Les Carnets de dessin de Horst Rosenthal, ouvrage coécrit avec Joël Kotek et Tal Bruttman (Calmann Levy et Mémorial de la Shoah, 2014). Il a notamment été le commissaire de l’exposition « Shoah et bande dessinée » au Mémorial de la Shoah à Paris (2017), Malines (2018) et Luxembourg (2020), conseiller scientifique de l’exposition « Goscinny, au-delà du rire » au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (2017).

LIEU : Médiathèque de Troyes Champagne Métropole

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.


Jeudi 16 janvier 2019 à 20h : Conférence-débat. Des ânes et des chiens : qui est maître, qui est élève ?

En partenariat avec le Centre Diocésain de Formation

Dans nos têtes, le rôle de chacun est bien clair : le maître sait et il transmet son savoir à son élève, son disciple. Pourtant, plusieurs textes de la tradition juive et de la tradition chrétienne brouillent les cartes. Dans le livre des Nombres, le prophète Balaam est embauché pour maudire le peuple d’Israël, mais il doit d’abord se mettre à l’écoute de son ânesse qui lui fait la leçon, et il finit par bénir Israël, presque malgré lui (Nb 22 à 24, nous étudierons plus spécialement Nb 22, 21-35 et Nb 24, 1-13). Même surprise dans les évangiles avec le maître Jésus qui se convertit pour ainsi dire au contact d’une femme étrangère et païenne, qui lui fait comprendre que même les petits chiens ont le droit aux miettes de la Vie divine. Enfin, un passage du Talmud nous fera découvrir comment un soldat romain peut contredire et même enseigner le maître qui l’avait conduit dans son apprentissage (Talmud de Babylone, Baba Metsia 84a). Tous ces détours nous obligeront à percevoir bien différemment notre rôle de « passeur de Parole ».

Intervenants :

Géraldine ROUX, directrice de l’Institut Rachi

Laurent THIBORD, prêtre

PAF : 6€. Gratuit pour le personnel des établissements partenaires, tarif réduit pour les demandeurs d’emplois et personnes handicapées.

Lieu : Institut Rachi


Jeudi 6 février 2020 à 20h. Léa Venstein : Isaac

Autrefois, lorsqu’on lui demandait si elle était juive, Léa Veinstein répondait  :  «Mon arrière-grand-père était rabbin  !  »  De ce dernier pourtant, elle ne savait rien, pas même le prénom  : Isaac. La mémoire familiale avait préféré l’effacer… Pourquoi ? C’est ce que Léa décide un jour d’élucider, alors que tout dans sa vie la ramène vers un judaïsme qu’elle avait longtemps tenu à distance  : ses études de philosophie, sa rencontre avec Solal, la naissance de son fils…

Isaac chantait à l’époque où il n’était encore que ministre officiant à la synagogue de Neuilly. Tous ceux qui l’ont connu se rappellent sa voix magnifique. Mais lorsque Paris fut occupé, et le rabbin de Neuilly contraint de fuir, Isaac prit sa relève. Le régime de Vichy lui octroya une carte de légitimation – découverte bouleversante pour Léa : ce papier signifiait-il qu’Isaac avait collaboré, ou choisissant de rester, ne s’était-il engagé à protéger sa communauté?

Dans ce récit très personnel, Léa Veinstein ébauche des réponses comme on se fraye un chemin, tantôt indignée, inquiète, ou apaisée. Grâce aux témoins d’hier et d’aujourd’hui, grâce aux documents qu’elle retrouve au cours de son enquête, elle parvient à nous offrir un texte tendre et sans complaisance  : hommage à l’aïeul effacé, hommage à la famille… Et tentative de comprendre, à une époque où l’antisémitisme ressurgit de façon terrifiante, ce que signifie «  être juif  » : une identité bien sûr, une transmission – une liberté, surtout.

 

Spécialiste de l’œuvre de Kafka à laquelle elle a consacré une thèse, Léa Veinstein réalise des émissions pour France Culture et Arte Radio. Elle sera, en 2020, commissaire d’une exposition que le Mémorial de la Shoah consacrera aux derniers survivants.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Lieu : Institut Rachi


Jeudi 19 mars 2020 à 20h. Karin Ueltschi : Mythologie des boiteux et du pied fabuleux

Le boiteux et ses prolongements avec les êtres aux pieds fabuleux font partie des figures les plus riches de notre héritage culturel : Œdipe, Héphaïstos ou Achille dans la tradition antique, Ève, Jacob ou Lucifer dans l’univers biblique, Mélusine et toute la horde de diables boiteux dans la mémoire populaire et dans la littérature. Pourtant, on a rarement rapproché ces figures les unes des autres. Leur parenté fondamentale est très peu étudiée et, par conséquent, le scénario immémorial dans lequel elles jouent un rôle est mal identifié. Mais étudier la mythologie des boiteux et des pieds fabuleux donne un sens insoupçonné à bien des œuvres et des motifs, et illustre les recoupements constants qui existent entre « grande » et « petite » mythologie. Tous ces êtres blessés ou claudicants sont porteurs d’une ambiguïté essentielle : ils mettent en gage ou sacrifient leur intégrité physique en vue d’un bien, mais en échange parviennent à des sphères jusqu’alors inaccessibles. Index nominum et index rerum, quelques illustrations.

Karin Ueltschi est professeur de Langue et Littérature du Moyen Âge à l’Université de Reims Champagne-Ardenne.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Lieu : Institut Rachi


Jeudi 2 juillet 2020 de 14h à 17h : « Peut-on faire une bioéthique sans métaphysique ? »
En partenariat avec l’IFSI-Troyes.

LIEU : IFSI-TROYES

Abstract zoomed triangle cells background, image. Geometric, organic forms. A beautiful backdrop for the substrate.

Dans sa contribution à l’ouvrage La bioéthique pourquoi faire? publié 2013 à l’occasion des 30 ans du Comité Consultatif Nationale d’Ethique, André Comte-Sponville, notait que «les désaccords moraux, dans nos pays relèvent presque toujours de désaccords métaphysiques, concernant par exemple le statut de l’embryon, la libre disposition ou non, par chacun, de sa vie et de se mort, la distinction de l’âme et du corps etc. Or, la république, parce qu’elle est laïque, n’a pas de métaphysique, ni donc d’avis sur la question. Elle doit donc les trancher sans les résoudre.» Dans ce même ouvrage, le philosophe et théologien Xavier Lacroix observait  qu’au sein du Comité, «une affirmation a plusieurs fois obtenu un large consensus : “la République n’a pas de métaphysique.” Sans doute… La question devient alors: peut-on élaborer une éthique sans métaphysique?». De fait, le débat bioéthique citoyen autour des valeurs conduit bien souvent à interroger leur fondement: selon le philosophe Kostas Axelos l’ancrage ontologique du discours déontologique en Occident s’est historiquement déployé selon trois fondements successifs: le Cosmos dans le monde grec, le Dieu transcendant dans l’Europe médiéval, l’Etat à l’époque moderne. La crise de ce dernier rend aujourd’hui problématique le fondement de nos certitudes morales et le consensus citoyen autour de valeurs partagées: plus largement et plus que jamais peut-être, c’est la question de la vie bonne qui est devenue collectivement problématique.

Intervenants : Alain Vuillot (doctorant et enseignant en philosophie, lycée des Lombards), Yann Boissière (rabbin MJLF et président des Voix de la Paix)
Modératrice : Karin Bréhaut (membre de la commission Ethique et déontologie de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, membre de l’équipe de recherche du CIRLEP)